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Meurtre d'un cadre moyen - Le goût de la mort - Extraits

 

 

 

meurtre d'un cadre moyen

Le livre a été présenté à des maisons d'éditions, puis refusé. Présentement, des pages dessinées tirées de ce livre sont sur ce site. Pour différentes raisons, je prends la défense de la conscience comme réalité en soi.

 

Et de plus en plus abîmé par cet océan d'alcool circulant en lui, de plus en plus séparé d'elle, ce n'était maintenant que ses injures qui lui passait par la tête, comme un poids accroché à ses pieds pour qu’il s’engouffre encore plus vite dans le vide. « ....Hostie de visage à deux face de sale queue sale  ....cheap égocentrique....queue molle....un salaud et un lâche...et je devrais majestueusement sacrifié du temps pour toi! ». Et ces mots parcouraient encore sa tête comme une légion impérial infligeant partout des lésions, pendant qu’il se refaisait une conscience en observant son toaster et sa cafetière. Avec ce rendez-vous avec le lieutenant-détective, il avait l'intention de faire de sa veille l'ultime célébration de sa rupture, et de sortir une fois pour toute de sa tête les portraits grotesques que Rose Lépine avait peinte de lui.

 

            Ce fonctionnaire de la police l'appelait toujours quand la réalité du crime devenaient soudainement trop opaque pour ses yeux. Ensuite, elle explosait en mille fragments, il fourrait tout les morceaux dans un dossier, et il le lui remettait.

 

            C'est un travail qu’il faisait au noir pour lui, sous-traité. Et comme il n'avait pas vraiment d'autres perspectives à l'horizon ce matin, il allait probablement l'accepter cet emploi. Il se sentait comme un poste de télévision qui diffusait la même émission plate à longueur de journée, qu’il se disait. Et même s’il tentait de changer de poste, il n'arrivait pas à trouver le piton. Et il comblait l'absence de Rose par l'incorporation d'un océan qui allait le laisser comme un déchet sur une rive, qu’il se disait. Ce matin, il s'habillait pour obtenir le salaire de la justice. Et il sortit de chez lui en dévalant l'escalier, enthousiaste, même si la lumière du jour était décidément trop forte pour ses yeux.

 

            On pouvait dire de lui qu’il était un détective privé, mais cette carte d'affaire produisait toujours comme effets dans l'imaginaire des gens un homme en imperméable buvant une gorgée de whiskey dans un flasque en argent alors qu'il regardait partir au loin une superbe veuve blonde sous une mince pluie. Lui, il ne livrait pas de cette marchandise-là, et il n'avait jamais rencontré de veuve plantureuse. Par contre, le fonctionnaire qui l'engageait adorait ces clichés. Il les reproduisait sans même les voir. Il préférait Private eye, même si personne le payait sous ce nom là. Non seulement à cause que l'office de la langue française ferait des drames, mais de toute façon, il n’était pas payé par l'état, mais par un agent de l'état qui lui versait l'argent que l'état lui donnait pour un travail qu'il n'effectuait pas. Oeil privé, ce n'était pas mordant, ça donnait dans l'aveuglement.

 

            Il faisait ce métier depuis qu’il avait abandonné ses études supérieurs en droit, à la mort de son père. S'il savait ce qu’il faisait maintenant de sa peau, il imaginait aisément les yeux qu'il lui ferait, tout en le pointant d'un énorme doigt. Il l'imaginait même se relever de son cercueil pour lui dire : «  Toi, t'es un raté. ». Et il s'effondrerait à nouveau dans son lit de mort. Et cette brève résurrection n'aurait pour but que de créer  une brèche en son cœur pour y faire jaillir de la culpabilité et la lui faire ressentir à chaque battement de cœur qu’il passait loin de ces idéaux de justice pour tous comme quoi il avait commencé à vraiment vivre avec Rose la blonde, Rose son amour, qu'en détruisant le rêve que son père avait fait pour lui. Mais il avait tout de même attendu sa mort tellement il était incapable de le confronter, lui et sa noire colère .

 

            Le souvenir de son père lui donna des frissons, pendant qu’il conduisait sa lada bleue rouillée en masse dans les rues de Montréal, à peine présentable pour son lieutenant-détective, et celui-ci devait déjà être soucieux de son retard à son rendez-vous.

 

 

  

Le goût de la mort

Le livre a été présenté à des maisons d'éditions, puis refusé. Les qualitées littéraires, sans aucun doute. Depuis, il a été retravaillé, et il a été en version BD sur ce site. Plus de 1000 personnes ont regardés les pages dessinés tirées de ce livre. Il existe une version, noir et blanc, de 306 pages. Comme on refuse de parler de mon travail, et de payer le créateur québécois, et bien, ça s'arrête ici.

 

La main de Situé Destouches se tend pour fermer le cadran.

 

            Péniblement, mes paupières s'ouvrent. Lentement, je constate que ce qui m'entoure a les apparences de ma chambre, cela me rassure. Je me lève, et une fois debout je réalise que je suis encore habillé. Signe que la modération n'était pas de la partie. Par terre, des feuilles où j'ai écrit.

 

            J'ouvre la porte de ma chambre, jusqu'à présent tout va bien, je spot mon paquet de cigarettes, sur la table du salon, légèrement caché par des relevés d'opérations de guichet automatique, à côté des factures, d'innombrables papiers chiffonnés, de cendriers improvisés à moitié vides, cendriers à moitié pleins, vaisselles, ustensiles, tasses cernées de café, bières vides, corps morts. Je m'allume un clou de cercueil.

 

            En entrant dans la cuisine, sur le comptoir crasse à côté d'une pile de vaisselle sale, la machine à café. À l'entoure, c'est salopé, des traces de coulis maintenant sec parcourent la porte de l'armoire en mélamine jusqu'au plancher, où il y a une flaque. La machine elle-même, avec son design bizarre, semble tout droit tirée des ruines de l'empire soviétique. Je l'ai aperçu sur une table, dans une vente de garage, j'ai tout de suite décrété l'objet oeuvre d'art, pour ensuite remettre le bon montant au barbue derrière la table. L'objet dans mon sac, j'étais content en marchant. Je détache le compartiment où la substance noir-brune et le vieux filtre sont contenus pour jeter ça à la poubelle. Je prends bien soin de refermer très rapidement la porte, j'ai peur que ne se déverse à mes pieds une montagne de détritus. Note mentale : sortir les vidanges. Du congélateur, je prends le café moulu pour me rendre compte en cherchant que je viens de jeter le dernier filtre. Il y a des journées qui commencent comme ça.

 

            Je fabrique un filtre avec un essuie-tout, craignant beaucoup trop en récupérant et en nettoyant l'ancien filtre d'être submergé par l'immonde contenu de la poubelle derrière la porte en mélamine. J'imagine mon coloc faire le geste et à le voir englouti par un flot d'immondices, j'ai un sourire aux lèvres. Spoutnik  crépite, j'ouvre la porte du frigidaire, et sur la première tablette je vois un pain, des petits pots de confitures tout mignons, de la viande, des légumes frais à croquer, des fruits juteux, des croissants, du fromage, au fond des plats tupperwares bien rangés. Propriété coloc. En bas, trois bouteilles de ketchup Heinz, un pot de relish, trois minables pains à hot dog secs. Je tourne la tête à gauche, à droite, retiens mon souffle, que le son de la spoutnik. Je tends lentement ma main vers les croissants.

 

            Bibibip.

 

            J'ai une main sur ma mine défaite, je secoue légèrement la tête, je prends mes croûtons.

 

            Coloc passe devant moi sans rien dire puis ferme la porte des toilettes. Pour comprendre comment il fait pour arriver à chaque fois que je veux lui voler de la nourriture, j'en suis réduit à invoquer le domaine surnaturel. Je pense que si un jour je réussissais à prendre une bouchée, je serais tellement pétrifié, certain d'entendre des voix lugubres, de voir une sinistre apparition roder, que de moi-même refermerais la porte du frigidaire en y crachant ma bouchée, pour, je sais pas, faire semblant de nettoyer le plancher. Je mords mon bout de pain, en méditant sur le bleuté crépusculaire entourant la veille. En me souvenant au passage comment j'avais saboté mon souper avec la belle fille rangée, je m'étire le bras pour prendre une feuille blanche, une pile traîne sur la table de la cuisine. J'écris ceci : " Attiré par la nuit noire, la haine, ce qui déchiquette, lacère, par un point lointain, devant l'amour complice et fidèle je me crispe pour pas détruire , m'attendrir, découvrir....". Ma méditation est interrompue nette par la flush des toilettes. Quelque chose reste à l'orée de mes pensées sans tout à fait parvenir à ma conscience, dans une brume. Le coloc sort des toilettes, baille : " L'café es-tu prêt chose?".

 

            J'allume une autre cigarette : " Il se fait. J'ai-tu fais du bruit en rentrant hier?".

 



23/07/2013
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